La maison de la sorcière

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Il en avait marre Nico qu’on lui dise : « Si tu n’es pas sage on va t’emmener dans la maison de la sorcière », « si tu ne travailles pas bien à l’école, on va t’emmener dans la maison de la sorcière », « si tu embêtes ta sœur, on va t emmener dans la maison de la sorcière ».

La maison de la sorcière c’était une maison qu’on apercevait à peine de la rue du cul de sac, près du bois. La grille rouillée était toujours entrouverte, coincée par les ronces, elle n’avait pas bougé depuis des lustres. De temps en temps on apercevait un peu de lumière à l’une des fenêtres de la maison.

Nico il ne croyait pas les adultes. Il se disait que leurs « menaces » c’était pour avoir la paix avec les enfants mais qu’au fond les sorcières…

Alors, pour en avoir le cœur net, il s’était donner un défi : Se rendre lui-même dans la maison de la sorcière mais pas n’importe quand. Le soir d’Halloween. Oui Nico s’était dit que, même si il ne croyait pas les adultes, si jamais ils avaient quand même raison, il valait mieux choisir une date où, a priori, elle devait être de sortie ! Alors pour lui Halloween, c’était le jour J !

Il avait tout prévu : Un sac à dos avec des bonbecs et de l’Orangina ! Le jeune garçon se disait que peut-être la sorcière, si il y en avait une, aimait aussi les bonbons ! On lui avait tellement dit des choses horribles sur elle et sa façon de vivre ! Il avait prévu des œufs au plat, des frites « qui piquent », des petites bouteilles de coca et, en « dessert », des fraises Tagada !

Nico se disait que la sorcière était peut-être triste de ne pas être aimée et que c’était la meilleure façon de faire sa connaissance. Bien sûr il n’avait rien dit à personne, mais avait quand même laissé un mot, au fond de la boite en fer où on rangeait les bonbons à la maison. Comme ça si il rentrait avant tout le monde il enlèverait le papier, sinon il avait écrit : « Je suis allé moi-même chez la sorcière, si vous me cherchez… ». Il n’avait pas peur… A 9 ans on n’a pas peur des sorcières, mais c’était pour prévenir quand même !!! Au cas où…

La nuit était tombée pourtant il n’était pas tard, mais la pleine lune donnait un peu de clarté. Nico avait marché jusqu’à la grille. Arrivé devant, il ne pouvait pas reculer, pourtant il n’en menait pas large ! Mais bon il voulait relever ce défi, pour lui et pour que les adultes arrêtent leurs menaces débiles pour faire peur aux petits !

Pas à pas il s’était avancé, un peu griffé par les ronces. Puis il avait trouvé un petit chemin, la maison lui semblait loin. Il avait sursauté à ses propres bruits quand il avait fait craquer des brindilles et foulé les feuilles, il avait eu un peu peur par l’attaque de glands suite à un coup de vent. Il avait été épouvanté par le vol silencieux mais non moins impressionnant d’une chouette. Il était juste rassuré par le fait qu’il n’y avait pas de lumière dans la maison.

Arrivé devant, il était resté immobile un moment. Il avait regardé à droite et à gauche et en haut aussi. Pas de bruit. Il avait pris une grande respiration et avait appuyé sur la poignée de la porte. Elle n’était pas fermée à clé. Il était rentré sur la pointe des pieds, ça sentait la soupe et le renfermé. Il avait allumé sa petite lampe de poche pour y voir un peu plus clair. Rien d’impressionnant, une vieille maison, de la poussière, une table et des chaises en bois, une cheminée avec quelques braises, une grande cuisine qui était la pièce principale. Une chambre et un escalier avec quelques marches cassées. Pas de photos, pas de tableau, une bibliothèque déglinguée avec 2 ou 3 livres, des grimoires peut-être, sûrement, vu qu’il était chez une sorcière. Il se demandait si vraiment quelqu’un pouvait vivre ici et finalement se disait qu’il n’y avait rien à voir…

Au moment où il allait sortir, il se figea. Il venait d’entendre un bruit. Un moteur de voiture et des phares venaient d’éclairer la maison. Il avait juste eu le temps de se baisser pour ne pas être vu. Il avait peur. Une sorcière ça n’a pas de voiture. Dans la panique, il avait monté les escaliers en veillant à ne pas tomber. Il était arrivé rapidement en haut. Entre la précipitation et la peur, Nico avait le souffle coupé. Peu à peu il essayait de se calmer et de trouver des repères. A l’étage il n’y avait rien. Un grand espace avec des toiles d’araignées et de la poussière. Un vieux parquet qui craque, avec des trous par endroit.

En entendant la porte d’entrée s’ouvrir, son cœur battait à 100 à l’heure.

Il s’était allongé. Peu à peu il essayait de se calmer et restait le plus immobile possible. Il avait fait attention à tous les bruits qu’il pouvait entendre. Deux portières avaient été claquées et les phares de la voiture étaient à présent éteints. La pénombre, de nouveau, mais plus pour longtemps. Il ne bougeait plus et avait même peur de respirer. Il ne fallait surtout pas faire de bruit. Il entendait les pas de plusieurs personnes. Qui venait d’entrer ? Combien étaient-elles ? Combien de temps allait il rester là ? Il se disait qu’il avait bien fait de laisser son mot dans la boites à bonbons, même si il allait se faire gronder…

Quelqu’un venait d’allumer la lumière et il s’était rendu compte de l’état vraiment vétuste du parquet avec les filets de lumières qui le traversaient. Une vraie passoire. En écoutant les pas il avait compté trois personnes.

Nico retenait toujours sa respiration de peur qu’on l’entende. En rampant discrètement il avait réussi à mettre son œil contre un trou dans le parquet, ainsi il assistait à la scène qui se déroulait au rez de chaussée.

Il y avait deux adultes et une fille…

La fille il la connaissait, c’était Clarisse, la fille « bleu marine » ! Toujours sage et habillée « sage », en robe bleu marine avec un col Claudine, des ballerines et des socquettes blanches. Des cheveux longs, bruns, retenus par un serre-tête.

Clarisse c’était la fille qui était dans la classe en dessous de lui, dans la classe de sa sœur Charlotte. Il ne la connaissait pas. Elle restait dans le préau pendant les récréations et personne ne jouait avec elle. Les maitresses étaient gentilles avec elle et puis à ce qu’il paraît elle connaissait tout, c’était la meilleure élève. Nico c’est tout ce qu’il savait sur elle. Après tout elle était plus petite que lui et puis lui c’est les copains qui l’intéressaient !

Après il trouvait ça bizarre que Clarisse soit là, avec deux hommes qui avaient des looks de méchants !

Voilà ! Bon sang mais c’est bien sûr ! En regardant la scène il réalisait qu’il assistait à un kidnapping ! Clarisse venait d’être kidnappée ! Oh ! Pas croyable ! Lui qui pensait rencontrer une sorcière !!!

Un des hommes avait dit à Clarisse de s’asseoir et de ne pas bouger. Elle se retrouvait juste en dessous de Nico. Elle était docile, elle ne disait rien. Elle avait mis ses mains sur ses genoux et elle attendait.

L’autre homme rallumait le feu dans la cheminée.

Après avoir un peu observé, Nico avait analysé la situation : Il y avait Clarisse, un des « méchants », qui semblait être le chef car l’autre l’appelait Boss et l’autre c’était Lulu ! AU passage, Nico trouvait ça nul d’être kidnappeur professionnel et de s’appeler Lulu ! Ca n’allait pas avec le décor et la situation, mais enfin bon on n’était pas dans un film non plus !

Le jeune garçon se demandait ce qu’il se passait dans la tête de Clarisse. Profitant d’un moment où les deux méchants avaient le dos tourné, il avait laissé tomber un bonbon par terre pour faire un signe à la petite fille. Comme ça elle pouvait se dire qu’il y avait d’autres enfants ici. Il se disait qu’à sa place ça l’aurait rassuré ! Bref il n’avait pas trouvé mieux ! Sans lever la tête, la petite fille avait juste mis son pied sur le bonbon tombé non loin et l’avait ramené vers elle.

Puis le Boss avait dit à Lulu qu’il avait une course à faire. Il lui ordonnait de surveiller « la petite », comme il surnommait Clarisse, et de ne pas la lâcher d’une semelle.

Lulu avait dit Ok.

Une fois le Boss parti, Lulu avait tenté de parler un peu avec Clarisse, mais elle ne disait rien et ne le regardait même pas. Elle fixait le sol, les mains sur ses genoux.

Lulu avait « lâché l’affaire » et s’était mis à pianoter et regarder son téléphone portable.

Ca paraissait long d’attendre. Nico n’avait pas la notion du temps. Il se disait qu’il fallait qu’il trouve une solution mais laquelle ? Et puis ses parents, en trouvant le mot, si jamais ils débarquaient comme ça, ils allaient se mettre en danger. Nico n’était pas tranquille.

Tout en réfléchissant, il avait eu l’idée de mettre ses chaussettes sur ses chaussures. Exercice compliqué car il ne fallait surtout pas faire de bruit, mais il se disait que c’était la seule solution pour faire le moins de bruit possible dans la maison et pour pouvoir se mettre à courir sans se faire mal aux pieds.

Le téléphone de Lulu sonna. Concentré sur sa mission, il avait dit à son interlocuteur qu’il ne pouvait pas rester parler très longtemps. Puis, de fil en aiguille, avec la voix de Lulu devenant presque mielleuse, Nico cru comprendre que c’était plutôt une interlocutrice qui s’adressait à lui. Et Lulu, en fait, il semblait sous le charme et plutôt bavard. Tellement bavard qu’il avait préféré sortir pour passer son coup de fil avec plus de discrétion.

La porte venait de claquer et au son de la voix, Nico avait l’impression que le «surveillant » s’éloignait de plus en plus. Alors, il avait relevé sa tête pour regarder discrètement par la lucarne de l’étage, ce qu’il se passait et avoir confirmation.

Puis il s’est mis à descendre sans faire de bruit.

Clarisse de son côté ne bougeait pas mais chuchotait : _« Il y a quelqu’un ? Un autre enfant ? »

Nico : _« Oui je m’appelle Nico, j’ai 9 ans  Tu es Clarisse ? »

Clarisse : _« Oui, comment connais tu mon prénom ? »

Nico venait d’arriver en bas. Clarisse souriait mais restait perplexe : _« Toi aussi ils t ont kidnappé ? »

Nico : _« Non mais c’est long à expliquer. Il faut qu’on trouve une solution pour sortir vite. Viens on va bloquer la porte d’entrer pour gagner du temps. »

Clarisse s’exécuta à l’aide d’une chaise. L’installation ne tiendrait peut-être pas longtemps mais suffisamment pour sortir par une fenêtre du côté opposé à la voiture.

En essayant de faire le moins de bruit possible, ils étaient dehors. Nico prit la main de Clarisse pour l’entrainer vers le chemin qu’il avait emprunté à l’aller.

La petite fille ne disait rien et suivait.

Une fois dehors, ils s’étaient mis à courir très vite jusque dans un jardin que Nico connaissait. Et pour cause c’était le jardin de son voisin. Il était passé par là pour prendre un raccourci et arriver à la maison de la sorcière.

Les deux enfants étaient essoufflés.

Clarisse : _« Pourquoi tu étais dans cette maison ?»

Nico : _« Mes parents m’avaient dit que c’était la maison de la sorcière alors j’ai voulu vérifier moi-même. »

Clarisse : _« La maison de la sorcière ! C’est drôle ! Tu avais peur ? »

Nico qui ne voulait rien laisser paraître : _« Non, je voulais juste savoir si c’était vrai ! Et toi que s’est il passé »

Clarisse : _« J’ai été kidnappée par le chauffeur que mes parents ont embauché pour m’accompagner à l’école et me ramener à la maison ! »

Nico : _« Hein ! »

Clarisse : _« Oui « Boss » s’appelle Michel en fait. C’est le nouveau chauffeur. Tu as remarqué que je suis toujours à l’écart à l’école. Ce n’est pas parce que j’en ai envie, mais c’est parce que mes parents ont peur que je sois kidnappée ! C’est réussi ! »

Nico : _« Oh ben ça alors ! Viens on va aller jusque chez moi pour prévenir mes parents et les tiens »

Clarisse : _« D’accord merci. Heureusement que tu es allé voir si il y avait une sorcière dans cette maison ! »

Nico est rentré chez lui avec Clarisse, en mangeant les bonbons en chemin pour se remettre de leurs émotions. Clarisse souriait, soulagée d’être libérée, et puis cette sortie improvisée avec Nico avec pour elle un goût de liberté !

Les parents de Nico n’avaient pas l’air ravi de l’escapade de leur fils surtout en remarquant qu’il avait mis ses chaussettes sur ses chaussures !!! Mais, voyant la tête des petits, ils se sont radoucis !

Les enfants ont tous deux raconté leurs mésaventures et les parents de Clarisse ont été prévenus.

Rencontre entre les parents, dépôts de plaintes, etc… Bref une soirée mouvementée pour tout le monde.

Nico en a appris un peu plus sur Clarisse. Il ne trouvait pas ça très drôle d’être constamment sur surveillance à cause de parents ultra riches et ultra importants (ça veut dire quoi pour un enfant de 9 ans, ça ne rime à rien ! Et quand on n’est plus grand on sait aussi que ça ne rime pas à grand-chose !!!).

Pour le lendemain, Nico a suggéré de passer, avec sa sœur, chercher Clarisse pour aller ensemble à l’école ! Ce sera toujours plus difficile de kidnapper 3 enfants en même temps ! Clarisse semblait ravie et ses parents ont accepté en donnant de nombreuses recommandations !

Aux dernières nouvelles les kidnappeurs ont disparu mais à la place de leur voiture, restée dans le « jardin » de la « maison de la sorcière», les enquêteurs n’ont trouvé…

…qu’une citrouille !!!

 

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