Vous prendrez du fromage après la raclette ?

Raclette_Blog_2

Dernier week-end avant déménagement. On ne dort même pas dans la chambre de d’habitude, celle du 7ème art, avec la frise Marilyn Monroe, car il n’y a plus de lit !

Les pièces se vident et les cartons s’empilent. On va faire une dernière flambée dans la grande cheminée qui trône au milieu de la pièce principale.

C’est bizarre mais c’est comme ça, une page se tourne et une autre va s’écrire.

La radio en fond sonore, on papote et on profite du temps qui passe…

Je suis sûre qu’elle va faire une raclette ce soir, je l’ai dit à Monsieur hier…

« J’ai pensé à une raclette pour ce soir ! Ca vous va ? »

Regard appuyé et clin d’œil vers lui !

« J’en étais sûre ! »

Elle sourit, lui aussi !

Elle énumère la liste des charcuteries pour accompagner le fromage. Sans compter le saucisson au camembert de Cambremer « pour l’apéro » !

Elle parle de bulles et de vin. Un dernier dîner ici, ça se fête !

On dresse la table, jolie présentation, belle nappe, les petits plats dans les grands, des verres à vin originaux et des flûtes à Champagne avec des pieds aussi grands que les pattes d’un flamand rose ! Oui on rangera la vaisselle dans les cartons en dernier, il y a des priorités !

Des détails qui font des souvenirs mémorables… Une table qui pourrait illustrer un magazine de cuisine ou de décoration !

Elle fait le point, elle veut qu’il ne manque rien.

« On verra pour le dessert » dit-elle car elle n’y a pas pensé ! Après une raclette je ne pense pas au dessert non plus !

Et la elle ajoute, sans rire : « Vous prendrez du fromage après la raclette ? »

Oui, nous sommes en Normandie…

Et oui on a pris du fromage…

 

Publicités

Monsieur M.

MonsieurM_Blog

 

4ème 3, deuxième langue : Espagnol.

Monsieur M est le SEUL prof de cette matière dans ce collège…

Tête et lunettes rondes comme son physique. Pas un regard quand il passe dans les couloirs, il ne calcule ses élèves que quand ils sont « à sa merci » : Un « Buenos dias », avec un petit sourire en coin, lorsqu’il met la clé dans la serrure de sa classe…

Ca ne va pas rigoler, ceux qui l’ont eu avant nous nous ont prévenus…

Premier cours on comprend : avoir toujours son dictionnaire, son livre, son répertoire, son cahier et interro écrite tous les vendredi.

Adepte du petit mot pour les parents dans le carnet de correspondance, il devient rouge comme une tomate quand il s’énerve et postillonne en répétant sa phrase fétiche : « Eres un burro ! » (« tu es un âne ! ») quand il s’adresse à sa « victime » !

Alors il faut faire avec : apprendre par cœur, réviser, remplir son tableau de verbes qui s’allonge comme un Paris-Barcelone au fil de l’année scolaire.

Des contrôles, des mauvaises notes, des heures de colle pour toute la classe, du découragement… Mais il faut s’accrocher…

Et puis les années passent, les anecdotes, les souvenirs, ce Monsieur M « la terreur des professeurs »… Rien de drôle sur le moment mais on finit par en sourire des années après…

… Et des années après, avoir toujours une pensée pour lui quand on se rend compte qu’on touche toujours sa bille en espagnol…

Drôle de méthode mais efficace ! On a tous eu des profs sympas, pas sympas, sévères, justes ou non, « cool », nuls, très peu de professeurs nous laissent de vrais souvenirs finalement.

On connaît tous un Monsieur M, un peu sévère, parfois trop, mais qui nous a appris des choses… Résultat : il a bien fait son boulot !

Et vous votre Monsieur M qu’est ce qu’il vous a appris ?

Le restaurant

Insta_Le_Restaurant

Nous avons été accueillis dans un décor qui m’a fait pensé à mes grand-parents. Si ils avaient été encore là, j’aurais suggéré à Papy d’y inviter Mamie.

Installés dans un coin, j’observe. La dame de la table 1 renverse son porto à cause du grand menu rigide qu’elle a du mal à manipuler. La tête dans mon menu, je ris et me garde bien de commander un apéritif, de peur de l’imiter.

Lui, il a oublié ses lunettes et n’a pas les bras assez longs pour lire. Le garçon de salle lui apporte une paire, ils ont l’habitude !

Nous choisissons les mets et le vin. L’endroit est calme. La salle se remplit mais le calme est toujours là. La discrétion est de mise dans cet endroit.

L’entrée, délicate, manque un peu de saveur, un tour de poivre de je-ne-sais-où aurait amusé mes papilles.

Trois personnes viennent s’installer près de nous. Une dame de près de 90 ans, qui fera son repas au Champagne, sa fille et son neveu. Pour eux ce sera le menu complet, avec le homard et les saint-jacques ! Ils viennent d’organiser une cérémonie d’enterrement mais ça ne leur a pas coupé l’appétit.

Le plat qui est un sans faute, un vrai délice, viande fondante, carottes, brocoli et gratin de pomme de terre avec un petit goût de reviens-y.

Le voisin de la table d’à côté est déçu, il n’aime pas les épinards. Sa voisine lui fait remarquer qu’il ne fallait pas commander le plat « à la florentine ».

Puis, le dessert, présenté dans un petit pot, sur un napperon, posé sur une assiette avec un liseret vert et doré. Gonflé à souhait, le soufflet est réussi. L’irrégularité des bords et la touche de sucre glace lui donne encore plus de charme. Léger, léger, c’est le mot qui vient après la première bouchée. Nous avons choisi LE dessert. La cuillère s’aventure un peu plus en profondeur, des pommes, fondantes, et une touche de calva. Un délice. Tout est dosé à merveille. A nous de faire durer le plaisir…

Un moment savoureux dans tous les sens du terme…

Paris Polar 2017

J’ai participé au concours Paris Polar 2017

Il fallait répondre au thème suivant, élaboré par le président du Jury Lorris Murail :

Voilà un homme qui un jour reçoit une lettre (à moins que l’enveloppe n’ait été glissée sous sa porte ?).
Il l’ouvre et pousse un cri. Ou bien il blêmit. Dans cette enveloppe, il y a une carte à jouer. La dame de coeur. Rien d’autre. Pourtant, cela semble signifier beaucoup pour lui. La dame de coeur. Bien sûr, vous la connaissez. Judith. Une femme aux cheveux blancs (mais ils ne l’ont pas toujours été, n’est-ce pas ?), qui tient une rose dans la main droite.
La sueur perle à front. Il en tremble, notre homme. C’est que, voyez-vous, cette carte à jouer ranime en lui de vieux souvenirs.

Il fallait raconter la suite tout en rappelant le début…

Voici mon texte, bonne lecture.

Retour à la case départ

Cela faisait quelques jours qu’il ne se sentait pas tranquille. Quand il rentrait chez lui il avait l’impression d’être observé, suivi, épié. Il redoutait de croiser la gardienne de l’immeuble parisien dans lequel il louait un deux pièces au dernier étage de l’escalier C. En montant les marches il redoutait de trouver quelque chose ou pire quelqu’un sur le pas de sa porte.

Une fois rentré chez lui il tentait de reprendre son souffle après l’ascension des 6 étages. Il se posait sur son canapé, allumait une cigarette en même temps que la télé. Oh pas pour suivre le programme mais pour s’occuper la tête.

Lui c’est Gérard, 56 ans, une vie avec plus de bas que de hauts. Presque toujours en galère d’argent, et même en galère de tout. Toujours à la recherche d’un petit boulot. Et quand il n’y avait pas de boulot et bien il y avait les « affaires », comme il les appelait. « Les affaires » vaste appellation qui allait du menu larcin à bien pire. Cela lui avait valu quelques années à l’ombre.

Gérard il vivait avec ses démons et parfois il avait l’impression que c’étaient ses démons qui le faisaient vivre. Un cercle vicieux. Il galérait mais, à présent, « il s’était rangé des voitures », comme on dit. Il ne voulait plus retourner en taule. Il voulait juste payer ses clopes, ses bières et son toit. Voilà ce qu’il voulait Gérard.

Cela faisait donc plusieurs jours que c’était comme ça. Depuis son week end, en Normandie, avec Berny, il n’avait vraiment pas l’esprit tranquille.

Il passait ses soirées à descendre des bières, devant la télé, fumant cigarettes sur cigarettes. Baissant le son du poste lorsqu’il entendait des pas dans les escaliers tout en allant regarder dans le judas de la porte d’entrée.

Et puis il finissait par s’endormir, épuisé.

Gérard il ne descendait de chez lui que pour aller acheter des clopes et boire une bière au comptoir. Activité quotidienne, immuable.

Et puis un jour, en rentrant chez lui, il a aperçu un coin de papier blanc sous son paillasson. Il l’a soulevé et est tombé sur une enveloppe. Son sang n’a fait qu’un tour. Il a claqué la porte, regardé dans l’œil de bœuf si jamais quelqu’un l’avait suivi. Puis il a regardée l‘enveloppe de plus près. Un courrier ce n’était jamais rien de bon pour lui.

Il a observé l’enveloppe, blanche, simple, son adresse écrite maladroitement. Si il avait eu un peu d’humour il aurait dit que c’était un droitier qui aurait tenter d’écrire de la main gauche. Un timbre pas oblitéré. L’auteur de la missive avait peut-être prévu de la poster, mais, ne voulant pas qu’on sache sa provenance, il a préféré venir la déposer lui même ? Mais alors pourquoi écrire lui même sur l’enveloppe ? A moins que… Des questions s’étaient pressées dans la tête de Gérard, avant même d’avoir décacheté le courrier.

Il en a déchiré un coin et passé son doigt dedans pour l’ouvrir le plus vite possible. De la précipitation, des questions, du stress.

A l’intérieur, une carte à jouer, que Gérard a lâchée dès qu’il la touchée, en poussant un cri. Puis il s’est penché pour l’observer, sans la toucher. Une carte à jouer, pas n’importe laquelle. La dame de cœur, avec une rose dans la main droite. Des images se sont bousculées dans sa tête comme si il rembobinait un film. Des images qui l’ont ramené à ce week end, en Normandie, avec Berny.

Quelle idée d’être allé là-bas ? En plus il n’y avait rien d’agréable, de l’humidité, du sale temps, de la boue. Un patelin désert mais où on avait l’impression que les voisins vous épiaient, cachés derrière leurs rideaux. Seuls mais observés. Arrivé là-bas il s’était dit qu’il n’aurait jamais dû venir.

Une balade normande pour un retour en arrière, pour aller « rendre visite » à une « vieille connaissance », pour aller voir Judith. Enfin voir Judith, débarquer chez elle mais sans prévenir. Lui faire une « surprise » en quelque sorte. Comme lui avait dit Berny.

Berny lui avait proposé la virée. Il venait de sortir de cabane, comme on dit. Il savait par qui il avait été « balancé » des années plus tôt. Il savait par qui les problèmes avaient commencé. Alors il avait décidé de faire du ménage. Il avait décidé de faire payer ceux qui l’avaient piégé au fil de sa vie. Il n’avait pas supporté d’être trahi, balancé aux flics.

Franc comme un âne qui recule, il avait pensé à Gérard pour l’aider. Mais Gérard n’était pas au courant du but du voyage.

Pour lui Gérard c’était son pote de galère. A croire que l’un gardait la place de l’autre au chaud en prison. Leur cellule c’était presque une résidence secondaire pour eux.

Alors pendant que Berny garait la voiture, un peu en retrait, et allait acheter des clopes, Gérard se rendait chez Judith, sur le conseil de son pote, en lui disant qu’il allait le rejoindre.

Judith, quel âge pouvait-elle avoir à présent ? 70, 80 ans ? Plus de 25 ans qu’il ne l’avait pas vue. Ah Judith ! Judith, il y a 30 ans, elle était magnifique. Brune pulpeuse, un vrai physique de « pin up ». A la fois sexy mais avec un petit côté vulgaire, qui faisait craquer Gérard. Souvent en train de fumer des menthols avec un porte cigarette. Toujours une rose rouge dans les cheveux. Son nom de code c’était « la dame de cœur ». Il se souvenait que certains l’appelaient aussi« L’indic des urinoirs ». Les flics l’appelaient « La mémoire du trottoir ». Sa rose rouge, quand elle quittait les cheveux de Judith, c’était le signe qu’il y avait un message, comprenait qui pouvait. Elle ne laissait personne indifférent. Elle savait parler aux gens. Elle savait s’entourer. Elle savait tout.

Judith elle tenait un petit hôtel de passe dans le 16ème. Un beau quartier mais les fréquentations, c’était comme partout, il y avait de tout.

Elle menait son monde à la baguette. Elle choisissait les filles, elle les attribuait aux clients et elle était au courant de tout. Incroyable quand on y pense. Une protection en échange d’une info. Voilà le deal. Alors Judith elle avait marché à fond dans la combine et c’est comme ça qu’elle était tranquille et que les affaires étaient florissantes. Sans compter que ses filles n’étaient pas farouches !

Les flics croisaient les malfrats car ils avaient un point commun : le sexe !

Gérard il avait toujours eu un faible pour Judith. Il en était presque amoureux. Oh il avait tenté sa chance mais Judith restait Judith avait des principes, qu’on pourrait traduire de nos jours par « No zob in job ». Personne ne connaissait la vraie vie de Judith. Une énigme qui ne faisait qu’augmenter son charme et son pouvoir de séduction. Elle le savait et elle en jouait mais elle ne dérogeait jamais à ses propres règles. Judith elle maitrisait la danse, elle menait le jeu.

Alors avec les années qui ont passé, Gérard il était curieux de la revoir. Il voulait voir à quoi elle ressemblait. Quel effet avait eu le temps sur elle ? Gérard c’était ça qui l’avait poussé à aller en Normandie avec Berny.

Il n’allait pas être déçu Gérard.

Quand il est arrivé chez Judith, la porte était entre-ouverte. Il a toqué et il a attendu. Rien. Alors il a poussé la porte et est entré. Une maison sombre, humide, un sol en terre battue. Il s’est dit que Berny s’était trompé d’adresse. Il a poursuivi son avancée dans la maison, poussé la porte de la cuisine, entre-ouverte elle aussi. Une pièce vaste, un peu plus lumineuse que l’entrée mais sombre tout de même, avec une odeur de renfermée et de bois brulé. La cheminée était pleine de cendres, comme si le feu avait été laissé à l’abandon. Judith était peut-être sortie. Il a regardé au dessus de l’âtre, il y avait des photos dont le portrait d’une femme. Une vieille femme aux cheveux blancs, les traits de Judith. Les années n’ont pas été tendres avec elle. Il s’est dit qu’elle avait mal vieilli la pauvre. Il n’aurait jamais imaginé cela.

Il s’est avancé doucement dans la pièce et, au bout de la grande table, une femme étendue par terre.

Gérard est resté figé dans un premier temps. Puis il s’est approché sans faire de bruit. Il a regardé. Une femme âgée avec une rose dans les cheveux. C’était Judith il en était sur, mais elle était méconnaissable. A côté d’elle un verre renversé, et une boite en fer avec des petits papiers chiffonnés et des cartes à jouer.

Malgré la peur Gérard a touché la main de la vielle femme. Elle était froide. Judith était morte. Il n’a pas demandé son reste et est sorti. Il est sorti le plus naturellement possible, sans paniquer, il s’est même surpris à faire un signe de la main vers la porte comme pour dire au revoir à son hôte.

Il s’est dirigé vers la voiture de Berny. Ce dernier, du café, a vu la scène. Il était perplexe. Alors il s’est lui aussi dirigé vers sa voiture.

Ils ont pris place tous les deux à bord de la vieille BX millésime grise. Gérard a pensé que, déjà, rien qu’avec leur caisse ils avaient laissé un indice, quelqu’un avait forcément remarqué le véhicule. Berny il conduisait et ne disait rien.

Au bout d’un moment Gérard a brisé le silence : « Judith est morte »

Berny : « Morte ? Que s’est-t-il passé ? »

Gérard : « Je n’en sais rien. Je suis arrivé, la porte était entre-ouverte et dans la cuisine, je l’ai vue, allongée. Je l’ai touchée. Elle était froide. »

Berny : « Allons bon. Quelqu’un est passé avant nous. »

Gérard : « Comment ça quelqu’un est passé avant nous ? »

Berny : « Allons Gérard. Tu ne croyais pas que je t’emmenais en Normandie pour une balade romantique ! La vieille je voulais la buter. »

Gérard : « La buter mais pourquoi ? »

Berny : « T’es bête ou quoi ? Si on a passé toutes ses années à l’ombre c’est à cause d’elle. Une crevure j’te dis. Elle nous a balancé pour protéger quelqu’un. Voilà tout. On a pris à la place d’un autre. Et on a pris cher. Trop cher à mon goût. Alors je vais te dire que moi je ne pardonne pas. Enfin bon c’est une affaire réglée quelqu’un est passé faire le boulot. Il doit y en avoir un paquet de mecs qui veulent lui faire la peau à la vielle balance. Elle est morte comment à ton avis ? ».

Gérard : « Je n’en sais rien. Elle était allongée, un verre renversé à côté d’elle. Mort naturelle peut-être. » Aucun autre mot ne venait à l’esprit de Gérard. Il se sentait piégé par Berny. Il ne connaissait pas le but du voyage. Il accompagnait un vieil ami mais là il avait vraiment un mauvais pressentiment.

Le reste du trajet s’était fait en silence. Berny savait où il allait. Gérard n’en n’avait aucune idée, il commençait à gamberger.

C’était du côté de Ouistreham que Berny s’était arrêté. Il faisait nuit, il faisait froid, c’était humide.

Berny : « On va s’enfiler une binouze et après on va dîner »

Le ton employé ne laissait pas la place à la négociation. Gérard était sorti de la voiture et s’était allumé une cigarette. Il avait remonté son col et avait suivi Berny.

Pas un mot échangé dans le bar. Les habitués, le babyfoot et le flipper, une ambiance un peu glauque, mais Gérard il avait l’habitude. Une ambiance de « loosers ».

Puis le restaurant. Classe, lui. Tout du moins des nappes et des serviettes blanches, en tissu, accueillis aimablement par du personnel en tenue. Ils étaient placés près de la baie vitrée face à la mer qu’ils ne voyaient pas parce qu’il faisait nuit. Quelques lueurs de bateaux et la régularité des lumières d’un phare tout au plus.

Gérard n’aimait pas ça. Il se sentait vulnérable. Il sentait qu’on ne voyait qu’eux de dehors. Il avait l’impression d’être une cible.

Pendant le trajet il avait eu le temps de réfléchir. Qui avait tué Judith ? Est ce que la police était au courant à l’heure qu’il était ? Est ce qu’ils allaient être inquiétés ?

Berny qui voyait que son ami était en train de gamberger : « Arrête de te prendre la tête. Tout va bien. Tu n’as rien à te reprocher. »

Une serveuse avait apporté un sceau à Champagne avec une bouteille de Roederer Cristal.

Gérard avait regardé et tout en levant un sourcil dubitatif, il s’était dit que c’était vraiment donner de la confiture à des cochons. Mais Berny avait décidé.

Berny : « Bon et bien je crois qu’on peut lever notre verre à qui tu sais. »

Gérard n’avait rien dit rien et avait regardé Berny dans les yeux. Il ne laissait rien paraître mais se demandait ce qu’il se passait dans la tête de son ami. Quel était son manège ? Etait-ce une mise en scène ou un hasard ? Il ne savait plus quoi penser.

Le dîner s‘était poursuivi à l’image de la marque de Champagne. De la Saint Jacques et du homard, suivis d’un grand plateau de fromage et d’un dessert raffiné. Et les vins qui allaient avec.

Berny avait très faim ce soir là. Il avait envie de profiter. Gérard, lui, n’avait aucun appétit. Il se forçait.

Berny avait pris un café calva pour faire passer le tout comme il disait : « Gé ! On dort là ce soir. Départ demain matin à 4h » En disant cela il lui avait tendu une clef, celle de sa chambre.

Gérard perplexe : « Pourquoi ? C’est quoi ton plan ? »

Berny : « Mon plan ? Il n’y en n’a pas. Ou plutôt il y en avait un mais nous avons été devancés. Alors ça se fête. Et comme je suis fatigué et qu’au passage j’ai bu, je ne tiens pas à me faire serrer par les poulets. Tu vois ce que je veux dire ? »

Gérard : « Ok, je vois »

Gérard n’avait pas dormi de la nuit. Il cogitait et devenait parano. Il se disait que Berny pouvait peut-être le laisser là. Partir sans lui. Il ne savait plus que penser, alors il ouvrait l’œil. Sa fenêtre donnait sur le parking, il avait la BX Millésime en vue. Gérard clopait à sa fenêtre avec la télé en fond sonore pour ne pas entendre les voisins en pleine partie de jambes en l’air !

Berny lui il dormait sur ses deux oreilles. C’était Gérard qui était entré dans la maison de Judith, pas lui. Alors… Il s’était juste dit que la BX Millésime c’était la seule chose qui pouvait faire tiquer quelqu’un. Mais bon ils n’étaient que de passage. Boire une bière et acheter des cigarettes dans un village normand, quoi de plus banal.

Le lendemain départ à 4 heures du matin. Berny avait tout réglé en liquide. Une habitude. Ne pas laisser de traces.

Ils avaient repris la route sans un mot, s’arrêtant dans un café pour le petit déjeuner et racheter des clopes.

Arrivés sur Paris, Berny avait laissé Gérard à la porte de St Cloud. Un signe de la main pour Gérard et un signe de tête pour Berny. Les deux amis s’étaient quittés sans un mot.

Alors depuis que Gérard était rentré il cogitait. Il gambergeait. Il écoutait les infos pour voir si on parlait de Judith. Il tentait de regarder la presse locale sur internet. Rien.

Ca ne le tranquillisait pas pour autant.

Gérard était toujours figé devant sa carte à jouer. Cette carte, il l’avait vue près de Judith lorsqu’elle était étendue par terre. Il en était sur. Il tentait d’appeler Berny. Rien. Il ne décrochait pas et Gérard ne laissait pas de message sur son répondeur.

Gérard est descendu pour boire une bière même si il en venait. Il avait besoin de prendre l’air et de voir si il n’y avait pas un indice sur le trajet qui pouvait lui mettre la puce à l’oreille. Au café il observait les clients. Rien de nouveau. Il regardait dans la rue, aux abords de son immeuble, rien. Il regardait dans les voitures. Personne. Après sa bière, il est rentré chez lui. Dans le hall de son immeuble, il est tombé sur la gardienne qui venait d’ouvrir la porte de sa loge. Il l’a saluée, elle a fait de même. Il s’apprêtait à passer dans la première cour mais a fait trois pas en arrière : « Dites moi Madame. Est ce que c’est vous qui avez déposé du courrier ce matin sur le pas de ma porte. ?»

La gardienne : « Ah non Monsieur. Ce matin non. »

Gérard : « Merci. Bonne journée »

Gérard n’a rien ajouté alors qu’il aurait aimé poser quelques questions, mais d’un naturel peu bavard et peu avenant, il faut bien l’avouer, il ne voulait pas que la gardienne se pose des questions à son tour. Mais il y avait une chose qu’il venait de voir et qui retenait son attention. Rapidement, pendant que la porte de la gardienne était entre-ouverte, il avait aperçu une bouteille de Champagne Roederer Cristal. Curieux. Ce n’était pas l’époque des fêtes. Et les habitants de l’immeuble ne devaient pas être des consommateurs de ce Champagne vu le prix de la bouteille. Et puis la gardienne, ce n’était pas son genre de boire ça. Il le savait, elle ne buvait pas d’alcool. Alors cette bouteille, la même qu’au restaurant, à Ouistreham…

Il remontait chez lui. Essoufflé, comme d’habitude. Son téléphone a sonné. Un numéro inconnu. Il n’a pas décroché. Son cœur battait à 100 à l’heure. Une petite sonnerie lui indiquait qu’il avait un message. Il l’a écoutée et a reconnu la voix de Berny. « Rendez-vous chez Maxim’s demain soir dimanche, à 21h. »

Gérard a cogité jusqu’au lendemain, encore une nuit blanche ou presque. Il s’est réveillé la bouche pâteuse, avec une toux de fumeur. Il se sentait mal. La journée est passée lentement à ses yeux. Il s’est mis devant sa télé pour s’abrutir devant les programmes. La carte de la dame de cœur était toujours au même endroit, par terre, dans l’entrée. Il ne voulait plus la toucher.

Il ne vivait plus Gérard depuis qu’il l’avait reçue.

21h pile il était devant le restaurant. Il a attendu 5 minutes au cas où et il est entré dans l’établissement à l’ambiance feutrée. Berny était déjà attablé. Une table un peu à l’écart, pour plus discrétion certainement. Mais à vrai dire, étrangement, il n’y avait pas grand monde ce soir. Berny s’est levé pour l’accueillir et ils se sont serrés la main. Gérard avait déjà remarqué la bouteille de Champagne Roederer Cristal dans le seau près de leur table… Il se doutait, maintenant il savait.

Il savait qu’il avait été berné, il savait qu’il avait été manipulé. Berny savait que Judith était morte, il l’avait laissé entrer chez elle. Il avait observé le manège. Il n’avait rien dit. Berny il savait rester imperturbable. Il l’avait emmené chez Judith pour que ce soit lui qu’on accuse. Il se demandait si dans les plans de Berny il n’aurait pas dû être exécuté lui aussi. Le plan de Berny n’était peut-être pas fini. La carte, la dame de cœur, ca signifiait quoi ?

Gérard se méfiait. Prétextant un passage aux toilettes pour se laver les mains, il en a profité pour allumer l’enregistreur vocal de son téléphone. Il s’est dit qu’on ne savait jamais. Puis il s’est conditionné au maximum. Il voulait savoir. Il est revenu le plus détendu possible.

Ils ont commandé. Gérard a décidé d’en profiter. Il voulait que le repas dure le plus longtemps possible pour essayer de faire parler Berny. Et puis il s’est dit aussi que ce n’était pas ici qu’on tenterait de l’empoisonner. Même si on ne sait jamais. D’ailleurs, à partir de maintenant, il ne devait plus quitter plus son siège.

Berny avec un grand sourire : « A la tienne Gé ! »

Gérard : « A la tienne Berny ! »

Berny : « Pourquoi cette entrevue si je puis dire ? »

Gérard : « La dame de cœur ça te parle ? »

Berny : « La dame de cœur ! Tu veux parler de la carte à jouer ou de la vieille balance ? »

Gérard : « Des deux ! Tu vois bien ce que je veux dire ! »

Berny : « Ah non pas du tout »

Gérard a gardé son calme mais il avait bien remarqué le léger rictus sur le visage de Berny. Il a enchainé : « Et c’est quoi la suite de ton plan ? »

Berny : « Quelle suite ? Quel plan ? ». Avec toujours le même rictus.

Gérard : « Tu m’as bien compris. Je ne suis pas dupe. »

Berny : « Eh détends toi Gé. Je ne sais pas de quoi tu veux parler. Si c’est de Judith, ce n’est pas moi qui suis rentré chez elle. Ce n’est plus mon problème à présent».

Gérard : « Plus ton problème à présent ? Et le Champagne Roederer ? Ma gardienne ? C’est quoi cette histoire ?»

Berny : « Ah nous y voilà ! Soit plus clair ! A ton avis ? Tu n’as pas une petite idée ? ».

Gérard : « Si j’en ai une mais je veux ta version »

Berny : « Si tu y tiens, après tout, je te dois bien ça ! Et puis ça ne changera rien pour moi. Alors voilà. » Il a marqué un temps d’arrêt et bu une gorgée de Champagne avant de se mettre à parler. « Une fois sorti de taule j’ai décidé de faire payer tous ceux qui s’étaient moqués de moi. Tous, tu m’entends. J’ai décidé de commencer par la vieille balance. Alors j’ai contacté un autre Gérard, un mec un peu comme toi, paumé. Un mec qui ne réfléchit pas trop, si tu vois ce que je veux dire. Qui ne regarde pas plus loin que le bout de son nez ! Je l’ai rencontré en taule mais tu ne le connais pas. Tu as dû lui laisser ta place en sortant. Lui il était chargé de la buter. Oh il a choisi une manière plutôt douce et qui ne laisse pas de traces à priori. Il l’a empoisonnée. Le verre ça te parle ? Et puis à l’âge de la vieille, ils ne vont pas faire une autopsie, tu t’en doutes. Alors voilà. Mais le Gérard en question. Je lui ai demandé de me donner un indice. Il m’a donné une carte. La dame de cœur. Tu piges ? Il me l’a donnée quand on est passé au café au retour de Ouistreham. Ca te parle ? Après. Et bien j’ai laissé passer un peu de temps et tu as reçu ton courrier. Ta gardienne, elle m’a bien dit qu’elle ne buvait pas d’alcool mais elle a quand même pris la bouteille, et puis l’enveloppe qui allait avec. Elle a bien voulu écrire l’adresse et monter le courrier. Sous le paillasson, c’est ça ? Avec un petit coin qui dépasse ? C’est que la gardienne elle en a peut-être marre de monter tous les étages de ne pas être remerciée « à sa juste valeur » comme elle doit l’estimer. Elle n’a pas hésité longtemps. Ca ne doit pas être généreux les étrennes chez vous.

Donc, si tu veux mon avis. Moi je n’ai rien à voir dans l’histoire. C’est entre Gérard et toi que ça doit se régler. Et avec ta gardienne si tu veux. Gérard peut peut-être te faire chanter. Ta concierge j’en sais rien. Et après tout je m’en moque !

Et là tu te demandes pourquoi toi ? Tu n’étais qu’un fayot en taule. Et je n’ai jamais supporté ta remise de peine de 5 ans. Alors voilà. »

Gérard est resté sans voix. Il était révolté mais il a gardé son calme, il voulait se maitriser, ne pas perdre ses moyens.

C’est alors que Gérard a vu la tête de Berny changer légèrement. Il ne savait pas pourquoi. Dos à la porte d’entrée, il a tenté de regarder discrètement dans la glace au dessus de son pote. Il a vu qu’un homme et une femme étaient entrés mais il ne les connaissait pas.

Il a senti une irritation chez Berny, qui lui tentait de garder son calme.

Puis Gérard a aperçu sa gardienne et son mari entrer. Il n’a pas tourné la tête et n’a pas vu plus de réaction de la part de Berny. Celui-ci n’avait peut-être pas retenu le visage de la femme. Gérard s’est dit que Berny avait dû être généreux pour que la gardienne vienne dîner ici. Elle n’avait pas perdu de temps. Elle réalisait peut-être un de ses rêves : « Dîner chez Maxim’s ». Pourquoi pas ?

Et c’est alors qu’une femme aux cheveux blancs, s’aidant d’une canne pour marcher, a fait son entrée.

Berny était stupéfait. Gérard, en voyant sa tête, n’a pas pu s’empêcher de se retourner. C’était Judith !

Elle s’est approchée lentement, en dodelinant de la tête. En boitant un peu, avec une main sur sa hanche droite qui devait la faire souffrir. Elle avait les cheveux blancs lâchés sur les épaules avec son éternelle rose. Elle s’était maquillée. Une généreuse touche de bleu sur ses fines paupières, un peu de rose sur ses pommettes, étalé de manière asymétrique et le rouge à lèvres qui débordait un peu.

Elle s’est approchée de la table et a dit, d’une voix un peu éraillée, en montrant la chaise : « Je peux ? »

Gérard a tiré la chaise pour l’aider. Elle lui a fait un signe pour le remercier.

Judith : « Alors Berny ? Quelque chose ne va pas ? Depuis le temps, on devrait fêter nos retrouvailles, non ? Champagne ? »

Judith a fait un signe à l’un des serveurs, en montrant du doigt la bouteille de Roederer : « Vous nous mettrez la même chose, merci.»

Un silence s’est installé. La salle était presque vide à présent. Le serveur est revenu et a rempli les flûtes.

Judith, en levant son verre et en dévisageant les deux hommes tour à tour : « A nous ! »

Gérard n’a rien compris, mais Judith vivante, c’était la meilleure chose de la soirée. Pour le reste il attendait des explications. Il a pris sa flûte et a fait un signe gêné à Judith avant de tremper ses lèvres dans son verre.

Judith : « Berny ! T’es tout pâle ! Alors ?! Encore un de tes plans qui a échoué ? Comme c’est dommage ? Allez profite de ta soirée parce qu’à mon avis c’est la dernière en liberté avant longtemps. Et toi Gérard. Toujours aussi naïf, ce n’est pas possible. Et dire que tu me plaisais bien à l’époque, mais ta naïveté, non vraiment, ce n’était pas possible. C’est ça qui t’a envoyé à l’ombre, cherche pas ! »

Pendant que Judith parlait et que Gérard l’écoutait, penaud, personne n’avait remarqué le léger de mouvement de recul de Berny. Puis d’un coup il s’est levé en brandissant un revolver. Gérard était sous le choc. Judith gardait son calme : « Berny. N’aggrave pas ton cas. Les flics ont bouclé le quartier. Tu es cuit comme on dit. Tu n’iras pas plus loin »

Berny, pâle comme un linge, les tempes perlant de sueur et la respiration qui s’accélérait, a visé Judith : « Je ne vais pas aller plus loin mais tu vas crever vieille charogne ». Judith est restée calme et ne l’a même pas regardé, ce qui l’a énervé encore plus.

Gérard qui avait vu que Berny venait d’armer son révolver, s’est levé pour l’intercepter. Il a sauté par dessus la table pour tenter de désarmer Berny et se mettre entre Judith et l’arme. Le coup est parti. Gérard s’est effondré. Un autre coup est parti et c’est Berny qui a hurlé et est tombé. La police venait d’entrer, en hurlant: « Que personne ne bouge ! »

Dans la panique tout le monde s’était jeté au sol. Sauf Judith. Elle avait gardé son calme et puis de toute manière elle ne pouvait plus bouger comme elle voulait, alors à quoi bon se précipiter. Si c’était son heure. Elle était fataliste Judith, mais elle était toujours là !

Berny a vite été mis hors d’état de nuire par les forces de l’ordre. Gérard se tenait l’épaule. La gardienne était tétanisée, elle avait les mains devant sa bouche et les yeux écarquillés.

La panique passée, Gérard a été évacué à l’hôpital, par les pompiers. Berny a été brulé par les tirs des policiers mais s’en est tiré avec plus de peur que de mal. Enfin en ce qui concernait ses blessures. Pour le reste, il aller retourner en prison.

Ce n’est que quelques jours plus tard, après avoir été opéré de l’épaule, que Gérard a reçu de la visite : La gardienne, Judith et 2 hommes qu’il ne connaissait pas. Ses derniers se sont présentés : Gérard, le fameux, et le commissaire Lanvin.

A tour de rôle ils ont raconté l’histoire et le rôle de chacun : En sortant de prison, la police avait Berny à l’œil. Ils ont eu raison. Berny est entré en contact avec Gérard « N°1 », qui était chargé de liquider Judith. Comme Berny était sur écoute et Gérard « N°1 » était sur ses gardes ça a été facile. La police l’a contacté pour lui dire de suivre les directives de Berny et de les tenir au courant. Chose qu’il a fait. Puis, au fur et à mesure que Berny échafaudait ses plans, les « victimes » étaient mises au courant par la police, qui imaginait un autre scenario, sans que Berny ne s’en rende compte.

Alors Gérard « N°1 » a mis en scène la mort de Judith, avec la complicité de cette dernière. La police savait que Berny allait faire en sorte d’être sûre que Judith avait été tuée. Et c’est Gérard « N°2 » qui a été choisi par Berny pour aller s’en rendre compte. Mais ce Gérard là ne devait pas être mis au courant pour que les plans de la police aillent jusqu’au bout. La gardienne a suivi les directives elle aussi et ainsi de suite.

Finalement Gérard est sorti de l’hôpital peu de temps après et il pouvait enfin souffler.

La vie avait repris son cours, avec une complicité naissante entre lui et sa gardienne.

Judith est retournée en Normandie.

Berny, quant à lui, il a été accusé de tentative d’assassinat et de corruption. Il devrait rester à l’ombre pendant quelques années, de nouveau.

 

 

Les moules au Camembert

Moules_Camembert_Blog

Nous avions envie d’aller voir la mer…

Alors nous avons choisi une destination pas trop lointaine pour ne pas passer la journée dans la voiture…

Direction Luc sur mer, avec une ambiance un peu hors saison comme dans une chanson de Cabrel. Pas grand monde, des cabines de plages en rénovation, la plage déserte ou presque et quelques mouettes…

La voiture garée, nous avons marché un peu et repéré les, ou plutôt, la boutique de cartes postales, boules à neiges et autres souvenirs. Puis nous nous sommes posé sur un banc face à la mer. Petit bonheur et moment de détente…

La route ça creuse, sur les deux restaurants ouverts, nous sommes allées déjeuner dans celui que nous ne connaissions pas…

Une carte sans grand intérêt de prime abord. Et installés trop loin pour voir dans l’assiette des voisins histoire de se faire une idée ! Il a choisi les moules marinières classiques et moi celle au Camembert sans trop savoir à quoi m’attendre mais avec une idée que ça pourrait être écœurant, un peu comme une pizza 4 fromages.

Une bière pour patienter et les « cocottes » sont arrivées. Les frites m’ont presque fait regretter mon choix tellement elles semblaient grasses et molles. Et le serveur à retirer le couvercle, comme une cloche dans un grand restaurant et là… Là j’ai vu que le Camembert avait fait ami-ami avec un peu de crème et que le mariage avait pris ! J’ai caressé une moule avec mon doigt juste pour goûter et là j’ai su que je ne m’étais pas trompée de plat, un vrai délice.

J’ai tout mangé mais, raisonnable, je n’ai pas pris de dessert…

Enfin, disons plutôt que j’avais vu dans la boulangerie de la rue d’à côté un éclair au chocolat me faire de l’œil pour le goûter…

Je suis allée le chercher et nous l’avons pris en « covoiturage », pour patienter et m’occuper si jamais il y a des bouchons sur la route du retour…

 

Crédits photo et texte : ©delphineregardeleciel

Destination Normandie

Destination_Normandie

Je participe régulièrement à des concours d’écriture.

L’an dernier il y en avait un où le sujet était : « Racontez une histoire qui se déroule en Normandie »…

La voici

Destination Normandie…

Ce matin là, Ambre a un entretien d’embauche dans les Yvelines.

En ce jeudi, elle prend sa voiture, petit cocon rassurant, pour se rendre dans les meilleures conditions à ce rendez-vous. Elle écoute les nouvelles sur France Inter, la pluie cogne sur le pare-brise. Elle s’engage dans la circulation et c’est parti, elle prend son mal en patience ! Elle a pris de l’avance pour arriver à l’heure. Ce rendez-vous est loin de chez elle mais Ambre n’a pas le choix !

Coincée dans les embouteillages à la hauteur de l’A13, ses pensées vont vers la Normandie, vers le calme, la détente, vers la mer. Une idée lui traverse l’esprit : Et si elle bifurquait…

Le son annonçant l’heure pile à la radio la ramène où elle est : Coincée !

Coincée ! C’est ça sa vie, elle est coincée. Elle cherche des solutions en avançant pas à pas mais en étant le plus souvent bloquée, ralentie…

Un accrochage devant elle, rien de grave, mais encore de l’attente, encore coincée. Elle décide de bifurquer. Pas dans ses pensées, en vrai !

Un sentiment de liberté l’envahit lorsqu’elle tourne le volant et qu’elle prend la direction de l’Ouest. Elle se sent tout d’un coup plus légère en optant pour la route qui lui permet d’avancer. Elle avance…

Une pause s’impose dans la première station service sur son chemin. Elle prend un café. Puis elle prend le temps de prévenir qu’elle ne va pas pouvoir venir à son rendez-vous professionnel et elle appelle la chambre d’hôte dans laquelle elle a l’habitude d’aller. Elle décale son rendez-vous géographiquement, tout simplement ! Et si elle se donnait rendez-vous avec elle-même finalement. C’est la première fois qu’elle fait ça, partir sur un coup de tête. Elle ne sait pas où cela va la mener ! Mais elle sent que c’est le bon moment !

Dans sa tête elle a un grand besoin de quitter la ville pour se mettre au vert. Concrètement tout ne se fait pas comme ça. Aller où et pour faire quoi ?

Arrivée à Mézidon Canon, l’accueil chaleureux de son hôte lui fait croire qu’elles sont presque de la même famille.

Il y a la cheminée d’allumée, l’odeur des madeleines qui sortent du four. Il y a le son de la bouilloire qui annonce un thé en préparation. Il y a de la douceur. Elle se pose. C’est drôle, elle a presque l’impression que la propriétaire l’attendait !

Elle raconte son histoire à madame Belin. Cette dernière l’écoute et sourit. Un petit sourire en coin, énigmatique.

Elle lui dit : « Vous savez, ça ne m’étonne pas ! ».

Evidemment elle reçoit des gens qui viennent passer un week end ou quelques jours. Des gens détendus venus se faire plaisir et visiter la Normandie, ses verts pâturages et ses bords de mer, ses haras, grands hôtels et casinos.

Forcément quand on arrive chez elle on a envie de poser ses bagages et de rester. On oublie les tracas du quotidien.

Puis elle poursuit : « Ca ne m’étonne pas parce que la première fois que je vous ai accueillie, j’ai tout de suite pensé que vous reviendriez ! Ce n’est pas que de la détente que vous cherchiez, même si c’était certainement inconscient de votre part, je l’ai ressenti. Vous aviez déjà envie d’autre chose ».

Ambre reste muette. Cette femme a mis des mots sur ses maux. Elle doit changer, et l’envie de venir s‘installer par ici la séduit effectivement. Mais par où commencer ?

Comme si elle lisait dans les pensées d’Ambre, Madame Belin lui demande ce qu’elle a comme bagage.

La jeune femme répond qu’elle a son sac à main et une paire de vieilles baskets dans le coffre de sa voiture ! Elles rient de bon cœur. Madame Belin dit à Ambre qu’elle se revoit à son âge.

La propriétaire des lieux lui explique qu’un jour elle en a eu assez de subir l’ambiance familiale. A l’époque il n’y en avait que pour les garçons et avec une famille nombreuse de 10 gars et 3 filles, elle ne faisait que « la bonne ». Alors un jour, elle est partie…

Ambre reste bouche bée.

Elle poursuit en lui racontant qu’en ayant marre de subir, elle a décidé de prendre ses économies, quelques affaires et de prendre le bus. Elle est venue jusqu’ici, elle a posé ses « valises » dans une pension, histoire de trouver un boulot et d’aviser. Elle ne connaissait personne, elle ne connaissait pas non plus la Normandie, mais elle avait décidé que ce serait ici son nouveau départ !

Quel courage et quel culot se dit Ambre ! Elle sourit en regardant madame Belin lui conter ses aventures et attend la suite.

Elle lui raconte qu’à ce moment là il y avait du boulot partout et que c’est à Cambremer, dans la petite épicerie, qu’elle a été embauchée. C’était une vieille dame qui tenait ce commerce. Un peu bourrue de premier abord mais compréhensive, elle lui a accordé sa confiance et donné sa chance.

Elle a fait ses preuves et la vieille dame lui a proposé de s’installer dans la petite chaufferie à côté de chez elle. Petit à petit elle lui a passé la main.

Ambre apprend donc que Madame Belin a tenu la boutique qui vend les saucissons au Camembert, le Pont-l’évêque et la Kékette célèbre bière normande dont on ne peut oublier le nom ! Endroit où Ambre se rend à chacun de ses passages en Normandie comme un « pèlerinage » !

Son « tea time » est savoureux et ce n’est pas uniquement grâce aux madeleines.

Cet échange donne encore plus l’impression à Ambre que tout est possible.

La jeune femme prend congés de son hôte en lui disant qu’elle va s’acheter une brosse à dent et quelques affaires. Elle compte rester jusqu’à dimanche si ça ne pose pas de problème pour louer la chambre.

Ambre arrive à Livarot, file en ville pour le plaisir d’y faire un tour. Puis elle se rend au supermarché pour l’essentiel.

De retour « à la maison », étrangement Ambre se sent chez son hôte comme chez elle, elle offre une bouteille de Champagne à madame Belin avec la consigne de la mettre au frais. Puis elle monte se changer afin de se mettre à l’aise.

La soirée commence avec des bulles et du saucisson de Cambremer !!! C’est joyeux. Madame Belin, qu’Ambre appelle désormais par son prénom, Joséphine, lui demande si elle a quelque chose de prévu le lendemain ou si elle peut l’accompagner chez une de ses amies.

Rendez-vous pris pour le lendemain.

Les deux femmes prennent la direction de Cambremer. Tient, décidément Ambre entend beaucoup parler de ce coin.

La petite épicerie est ouverte et le fleuriste, à côté, fait sa mise en place avec goût.

Joséphine entre dans la boutique de produits locaux. Ambre la suit. L’odeur du Camembert et du saucisson lui donne l’eau à la bouche, même si il n’est pas encore 10h. C’est une incorrigible gourmande.

Joséphine s’entretient avec la femme qui tient la caisse. Absorbée par les denrées proposées, Ambre ne prête pas attention à la conversation. Elles repartent. Dans la voiture, Joséphine lui demande si elle serait partante pour un remplacement dans la boutique pendant 15 jours à la Toussaint.

La jeune femme la regarde et lui dit qu’il n’y a pas de problème, qu’elle peut se libérer et que ce serait avec grand plaisir.

Elle voit le clin d’œil que Joséphine lui fait. Elle lui dit que la personne en place va partir en vacances, que cette période est assez creuse mais qu’elle ne peut pas se permettre de fermer.

Joséphine lui raconte que cette épicerie, c’est la sienne. La vieille dame qui lui a donné sa chance n’avait pas d’héritier. Elle a fait en sorte que ce soit elle qui en hérite. Depuis Madame Belin donne leur chance à des gens, afin d’offrir en retour à d’autres la chance qu’elle a eu.

Evidemment c’est du provisoire mais elle saute sur l’occasion. Ambre ne sait pas comment la remercier. Elle lui propose de filer à Cabourg, pour voir la mer. Quelle bonne idée.

Elles se baladent dans la rue principale et papotent. Ambre a vraiment l’impression qu’elles sont de la même famille et plus encore, depuis les révélations de Joséphine. Elle se sent si proche d’elle.

Une pause chez le chocolatier. D’abord pour le plaisir des yeux avec la vitrine toujours originale, puis pour l’odeur et ensuite pour choisir des chocolats en vrac.

Joséphine et Ambre arrivent sur le bord de mer après avoir coupé par le casino du Grand Hôtel. Ce Grand Hôtel qu’Ambre regarde toujours en étant impressionnée. Elle aime ce lieu qui a vu passer du beau monde. Elle s’y verrait bien directrice ! Après tout elle a bien le droit de rêver !

Après un peu de marche au bord de l’eau, en ramassant quelques coquillages car c’est marée basse, Ambre propose à Joséphine de dîner au restaurant. Elle est son invitée. Elles prennent place en terrasse, face à la mer. Tranquillement installées, elles choisissent un repas de moules-frites accompagnés d’un Muscadet bien frais.

La soirée se passe, de confidences en confidences. C’est agréable et Ambre pense parfois que c’est plus facile de se livrer à des gens qu’on ne connaît pas et qui ne nous connaissent pas trop bien qu’à des proches. Elle est persuadée que, comme il y a moins de « sentiments », les remarques sont peut-être plus justes car données avec moins de « pincettes » et que les conseils sont plus objectifs ! Elle ne sait pas si c’est vrai mais elle a bien l’impression qu’avec les réflexions de Joséphine, elle a fait de grands pas dans les décisions qu’elle compte prendre quant à son avenir et l’endroit où elle souhaite passer les prochaines années de sa vie !

En ressortant, elles passent devant la grande baie vitrée du Grand Hôtel. Une impression de calme se dégage, des nappes blanches, des lustres et un décor sublimes, de la place, des gens bien habillés, des serveurs en tenue. Tout est classe ici. A chaque fois qu’Ambre passe, elle se dit que ce lieu est propice pour les imaginations les plus fertiles. On pourrait en inventer des histoires rien qu’en regardant les personnages qui regardent la mer, qui regardent au loin, qui rêvent peut-être d’autre chose eux aussi, qui sait ?

Un sentiment de légèreté envahit Ambre, comme si la rencontre avec Joséphine allait donner à sa vie un nouveau souffle…

 

 

Le Belvédère

2Belvedere_DRLC

Salut les Barges !

Voilà comment on est accueilli au Belvédère…
Par une fin d’après midi ensoleillée, après une marche dans la forêt, on s’est dit : « Après l’effort, le réconfort » !
Alors une petite bière bien fraîche en terrasse ce n’est pas de refus.
Dès qu’on franchit la grille de l’établissement on a le sentiment d’être à la campagne et quand on rentre dans le bar on a l’impression de changer d’époque ou d’être dans le décor d’un film ! Et pour les plus observateurs il y a même un billet de 10 francs accroché au mur !
Alors on dit bonjour, on papote, on nous demande si on a déménagé ! (oui ça doit bien faire 10 jours qu’on n’est pas venu !) et on file dehors avec nos consommations !
Là, on se pose, on ferme les yeux, on entend les oiseaux, on trinque et on se dit « On est bien ici ! ».
Le temps s’écoule tranquillement, on se laisse tenter par une deuxième Barge, c’est le nom de la bière (d’où notre  » surnom « !) et on voit le monde arriver…
Oui ce soir il y a une scène ouverte avec une impro de théâtre mais avant…
… avant, si on n’a envie et bien on peut apporter son pique-nique et même ses grillades parce qu’il y a un barbecue à dispo ! Chacun a cuisiné un petit quelque-chose à manger et commande les boissons sur place dans une ambiance bon enfant à la lumière des guirlandes lumineuses. Les enfants jouent dans le jardin pendant que les grands discutent !
Et puis tout le monde se rapproche du bar et de la scène parce que le spectacle va commencer…
… Et vous revenez demain ?
Demain ? Oui, il y concert !

Ah ! Pourquoi pas !

Bonne soirée